28 jours

29 août 2015, Istanbul aéroport Ataturk, en transit pour 4h. J’écris les derniers mots sur mon cahier. je vous les livre tels quels.

Tôt ce matin, comme me l’avait indiqué Titika, j’ai pris le bus 78 devant la Tour Blanche.

Encore un super vol avec Turkish Airlines. Petit vol d’une heure à peine pendant lequel à travers le hublot je retrouve Kavala, Thassos, Xanthi et la plaine du Nestos. Je dit au revoir à mon pays de cœur dans lequel je viens de passer 28 jours.

28 jours et …

…à peu près autant de coucher de soleil magiques

…à peu près autant de spectacles nocturnes divins sous la voie lactée

…à peu près autant de cafés frappés

…2 îles de plus à mon palmarès

…Une dizaine de km à pied par jour en moyenne

28 jours avec la compagnie bienveillante de l’Égée aimée, du Mont Athos, du Mont Fengari, du Mont Olympe.

28 jours d’un éternel présent que je me suis fabriqué et dont les seules contraintes auront été les horaires de bus ou de bateau et les deux serpents qui ont empêché ma progression à Samothrace…

28 jours d’une immersion complète avec la Grèce, pays qui sait et qui saura toujours m’apporter la plénitude.

Ce matin à Thessalonique SKG j’ai regardé les mécaniciens affairés autour des avions en pensant à Pierre. Maintenant j’ai hâte de retrouver ma famille pour parler de lui. Mes parents vont me manquer chez moi, cette année ils ont choisit d’être là à mon départ.

Je les retrouve le week end prochain à Paris.

Thessalonique la ville mosaïque.

Depuis longtemps cette ville m’attirait et je rêvais de me trouver devant cette tour blanche qui en est le symbole. Chose faite le 26 août 2015 vers 18h…

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Pendant ces trois jours je vais laisser mes pas me guider dans cette cité magnifique. Je connais déjà un peu son histoire grâce à la lecture d’un roman de Victoria Hislop « au fil des souvenirs » et grâce au guide très documenté des frères Yaghlekdjian et je ne vais avoir de cesse que de la retrouver. Thessalonique la grecque est aussi balkanique, juive ou arménienne. Son histoire est une mosaïque romaine, byzantine, ottomane et vénitienne ainsi que française. En montant vers Ano Poli je retrouve les endroits décris par Victoria Hislop et ressent dans les ruelles le bonheur que les communautés ont pu partager avant la « Grande Catastrophe » et la barbarie nazie. D’en haut la vue sur la ville est époustouflante. Au monastère Valladon un gentil monsieur se prénommant Aris m’offre un café grec. C’est un moment étonnant de calme et de paix que cette rencontre. En redescendant je découvre une magnifique Ste Sophie  petite sœur de la grande à Istanbul. Chaque coin de rue est bordé de vestiges antiques romain ou byzantin, chaque église est un chef d’oeuvre architectural. Les bains ou hamman sont transformés en musées ou cafés dans lesquels je me repose langoureusement. Le quartier des marchés couverts est un enchantement et régal des sens.

Bref vous l’aurez compris je suis conquise par Thessalonique !

Un soir je propose à Titika de sortir avec moi. Nous nous attablons à la terrasse de son troquet préféré face à la tour blanche. Elle est créatrice de bijoux et vit seule avec son chien (qui en se moment est en garde alternée…)  Nous évoquons la crise et je lui fait remarquer que je n’ai pas rencontré de grecs qui semblaient malheureux. Elle me répond que c’est leur « way of life » : « on sort et on boit un café, on ne s’enferme pas pour pleurer » !  Je lui dit aussi que j’ai cru comprendre que Tsipras a démissionné. Oui dit elle, on va revoter en septembre et là ils nous ont mis une femme qui sort d’on ne sait pas où ! Nous rions. Depuis toujours il me semble la Grèce est en ingérence. Après les turcs on leur a collé des rois, les américains ont aidés à l’installation des colonels  et maintenant la troïka,  c’est comme si ils ne décidaient jamais rien…  No problem me dit elle en trinquant… Elle n’en revient pas de tout ce que je connais de son pays : les 28 îles ont eu leur petit effet ! Elle est jalouse me dit elle.

Je finis mon séjour sur les quais de Thessalonique devant un coucher de soleil magique sous la sculpture de Giorgos Zongolopoulos. J’admire au loin le mont Olympe.

Je suis bien.

Thessalonique : l’arrivée

Θεσσαλονίκη, Thessalonique deuxième ville de Grèce, doit son nom au général macédonien Cassandre qui la baptisa en 316 av. J.C. du nom de son épouse fille de Philippe II née pendant la conquête  de Thessalie par son père. Thessalonique = Victoire en Thessalie…

Si je commence par un peu d’histoire c’est que dans cette cité que je vais découvrir, celle ci s’impose à chaque carrefour, partout où se pose le regard. Je n’ai rien vu encore de Thessalonique à part sa gare routière grouillante d’où j’avais pris le bus pour le camping en thrace. Aujourd’hui j’arrive en début d’après midi après 4 heures et quelques de bus (voyage super confortable et agréable qui me permet de revoir Thassos et le Mont Athos)  et je suis les indications de ma logeuse (Airbnb) pour rejoindre ma chambre, réservée pour 3 nuits. Titika a très bien indiqué les choses, je trouve très facilement son adresse en descendant du bus n° 12.

Et là, stupeur et émerveillement : juste derrière son immeuble se trouve un site remarquable. Je veux savourer ce moment et me dirige vers un café. une kiria est assise en train de lire un journal ; elle me laisse sa place en souriant et me prépare un frappé qu’elle me sert avec un plaisir évident et deux biscuits. C’est l’heure de la sieste, tout est calme. C’est parfait. 20150826_152807 Elle remarque que je comprends un peu le grec et m’explique qu’il s’agit des ruines du palais de Galère. Je vais passer 3 jours devant ce décor fabuleux !

Puis c’est la rencontre avec Titika : deuxième émerveillement ! Son balcon du 6° donne juste au dessus du palais de Galère et la chambre est une petite merveille

Bref je suis plus que ravie ! Titika met tout de site à l’aise, donne les consignes dit qu’elle est dipso pour toutes sortes de questions et se faufile dans sa chambre dont elle ne fermera jamais la porte.

Je finis mon 10° été grec merveilleusement.

Les lumières du phare d’Alexandropouli.

La phare étant le symbole de cette jolie cité portuaire à 40 kilomètres à peine de la Turquie a fait que cette mélodie de Clo Clo a un peu tourné en boucle dans ma tête pendant mon court séjour à Alexandropouli.

Du front de mer où domine le phare je vois se détacher ma copine Samothrace que je salue à chaque passage. Malgré son aspect géométrique, cette petite ville, que je trouve bien plus agréable qu’à ma première approche est facile à sillonner et évite la possibilité de se perdre … J’ai déambulé avec plaisir depuis le grand parc qui borde la ville et parmi les grandes bâtisses d’architecture néoclassique. J’ai trouvé la première église arménienne de l’empire ottoman et je l’ai photographiée pour ma chorale en référence à notre répertoire. J’ai visité un nombre incalculable d’églises toutes plus belles les une que les autres. J’ai vu aussi la gare sans train complètement désaffectée et délabrée me faisant oublier mon envie de rejoindre Thessalonique par la voie des rails.  J’ai flâné devant des échoppes sans âge et accuillantes.

J’ai adoré séjourner à Alexandropouli.

Quelques heures de décalage…

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J’ai pris cette photo des horaires des ferries pour être sûre de les avoir toujours sur moi lorsque je déciderai de rejoindre le continent. C’est le 24 août à 7h30, après avoir contemplé sur ma terrasse un merveilleux lever de soleil que je quitte la chambre Ikossi. La kiria que j’ai payé hier soir  m’a longuement sourit à défaut d’une conversation sur mes changements d’avis. Le premier soir je lui avais dit ne penser rester que 2 nuits…

J’attends le bus devant le Kafénion, le serveur me salue et me rappelle à nouveau de ne pas oublier mon chapeau… Avec un petit pincement au cœur, je dis au revoir à Therma, lieu magique dans lequel je viens de passer onze jours. J’arrive à Kamarotissa à 8h30, l’agence de billets n’ouvrant qu’à 9h je me pose au Kentriko pour un « Nes -sketo mé gala » (Nescafé sans sucre avec du lait). Puis je vais acheter mon billet de bateau

– » Fa iféla ena isitirio yia to 12 o’clock plio parakalo » (je voudrais un billet pour le bateau de midi s’il vous plait) Je demande au vieux monsieur assis derrière son guichet dans un grec approximatif car j’ai dit midi en anglais.

-« Ochi, 12 o’clock ! epta » me répond il (pas midi, sept heures…)

-« Pardon » ? là, la surprise me fait reprendre immédiatement le français…

Je vais apprendre à mes dépends qu’à partir d’aujourd’hui ils viennent d’adopter les horaires de mi saison et qu’il n’y a plus qu’une liaison quotidienne le lundi avec Alexandropouli. Et que cette liaison a lieu à 7h autrement dit 19h…

Si j’avais mieux regardé ma photo j’aurai vu que ces horaires là étaient valables jusqu’au 23/08 seulement….

J’ai juste 10h devant moi, avec ma grosse valise. Encore une fois le dépit est de courte durée, le mec de l’agence peut me garder mon bagage. Du coup, je profite de Samothrace un peu plus que prévu. Et je ne vois pas le temps passer finalement : des bains, de l’écriture, des promenades dans les coins inexplorés de Kamarotissa, une salade grecque en bord de mer et une connexion devant une citronnade divine puis des photos depuis la jetée à l’ombre. Le ferry qui est là depuis ce matin est ouvert à 17h30 je grimpe à bord et assiste avec toujours autant de plaisir à l’agitation provoquée par son remplissage. Je passe l’heure qui me reste à rêver devant le majestueux Mont Fengari .

Et puis voilà, même dans un éternel présent il existe toujours un moment où un ferry m’arrache à une île. C’est à travers quelques larmes que je dis au revoir à Samothrace qui s’éloigne.

Pendant la traversée je n’arrive pas à me poser allant d’un bord à l’autre admirer le coucher du soleil et encore une fois, un spectacle de dauphins.

Je débarque à Alexandropouli alors qu’il fait déjà nuit. Heureusement j’ai pensé à l’aller à repérer ma chambre et je vais directement à l’hôtel Océanis.

Je ressors ensuite dans la touffeur de l’animation nocturne. Après les 11 jours de sauvagerie à Therma ça me rappelle un peu l’effet de l’arrivée à Miami l’an dernier après la Gwada. Mais bon, j’exagère un peu…

Samothrace for ever.

J’habite à Samothrace. Le temps n’est plus le même. J’ai presque l’impression de vivre un éternel présent. Je suis déconnectée de l’avenir sauf à me demander si je vais aller boire mon frappé à la plage ou au Kaféneion, si je vais descendre me baigner tout de suite ou dans une demi heure…

Sans la tristesse que j’éprouve d’avoir appris il y a peu la disparition de cet être si cher et qui m’a tout à l’heure sur la route du canyon Fonias fait lâcher des sanglots énormes, sans cette tristesse nécessaire qui me relie aux gens qui l’aimaient aussi, je pourrais dire que je n’ai jamais atteins un niveau de telle plénitude. Je décide souvent au dernier moment de l’endroit où vont me conduire mes pas, les bus, les bateaux. Je savoure cette possibilité que je me suis donnée de n’avoir que des sollicitations grecques. Aucune conversation en français, pas de conversation du tout d’ailleurs sauf celles que je choisis lorsque je me connecte. Ce rendez vous intime avec mon pays de cœur, avec moi même suffit à me combler. Aucun artifice, pas même un petit ouzo, ne vient troubler cette communion choisie avec mes vacances en Grèce.

Un matin, les nuages qui étaient restés accrochés 2 jours sur le mont Fengari ont disparu. Je me reprends à espérer que la petite balade en bateau que j’envisage va avoir lieu et après mon café et chausson à la cannelle de l’excellente boulangerie, je descends au port. Le bateau est près à partir : super ! Je suis en plus agréablement surprise de constater qu’au lieu d’aller à une plage et revenir (ce que je croyais) le bateau fait le tour entier de l’île ! Comme j’ai décidé avant hier, de partir ce lundi, cette croisière est l’hommage que je rends à cette île enchanteresse juste avant de la quitter.

D’autres surprises suivront : la plage déserte où l’on dérange les biquettes ; le souvlaki grillé à bord et qui coûte 2€ ; une île turque frôlée ; la seconde plage accostée remplie de « Robinson » ; la récupération en mer de canyoneurs devant la somptueuse cascade Kremasto ; le bal des dauphins…

Le 23 août 2015 j’ai fait le tour de ma 28° île grecque.

Samothrace : le Sanctuaire des Grands Dieux.

Quelques km à peine séparent Therma du Sanctuaire des Grands Dieux. Le site est grandiose, construit au pied de rochers escarpés, face à la mer sous le Mont Fengari. Profondément vénérés, les Grands Dieux de Samothrace étaient considérés comme bien plus puissants que les frivoles et volages Dieux de l’Olympe. Ce « culte à mystère » les a d’ailleurs précédés, introduits sur l’île par les Thraces vers l’an 1000 avant J.C. Le caractère secret de ces rites ne devait être divulgué sous aucun prétexte sous peine de mort. Ce sont donc les fouilles archéologiques qui lèvent un peu le voile et permettent de comprendre les rites auxquels furent initiés les plus grands personnages du monde antique comme Philippe II de Macédoine, père d’ Alexandre Le Grand ou la reine égyptienne  Arsinoé.

Il connaît une période de développement architectural spectaculaire à l’époque hellénistique lorsqu’il devient, suite à l’initiation de Philippe II, une sorte de sanctuaire national macédonien où les successeurs d’Alexandre le Grand rivalisent de magnificence. Il demeure un lieu de culte important jusqu’à l’époque romaine incluse — l’empereur Hadrien le visite, l’écrivain Varron décrit une partie des mystères — avant de disparaître à la fin de l’Antiquité tardive.

A l’extrémité du sanctuaire se trouvait la célèbre sculpture en marbre de Niké, la Victoire de Samothrace datant du 2° siècle avant J.C. Avec ses ailes splendides, elle ornait le centre d’une fontaine. Elle est aujourd’hui exposée (hélas) au Musée du Louvre à Paris.

Je m’y promène de longues heures, persuadée d’être exactement là où il fallait que je sois.